Mokuonji

Enseignements zen

    Shikantaza :

    « Seulement s’asseoir face au mur, se donner tout entier. »

    Zazen :

    «La pratique de la Voie du Bouddha, c’est cette rencontre des êtres dans l’esprit illimité, toujours existant, qui est source de vrai bonheur et d’harmonie entre les êtres et le cosmos entier. »

    Le temps :

    «Les sutras rapportent que le Bouddha Shâkyamuni vivait toujours en pleine conscience. Le Bouddha menait une vie éveillée, demeurant constamment dans l’instant présent, d’une manière détendue mais ferme. La vie réelle se déroule dans le moment présent, tout le reste n’est que souvenirs ou chimères.

     Dans la vie ordinaire la plupart des gens pensent sans cesse au passé ou au futur, de cette manière la vie n’est jamais pleinement vécue. Maître Deshimaru répétait souvent : « chaque instant de la vie peut être considéré comme un point et la succession des points forme une ligne, plus on se concentre sur chaque point, plus la ligne de vie sera profonde. »

Alors ne ruminez pas le passé et ne vous projetez pas sur le futur, soyez simplement présent, en unité avec votre posture et votre respiration.

Seul le moment présent est réel, le passé n’est plus et le futur n’est pas encore.

Revenir au moment présent, c’est revenir à le vie réelle, et pour réussir le futur il faut vivre pleinement le moment présent, instant après instant.

Tout comme le moment présent est influencé par le passé, le futur sera influencé par le moment présent.

Ici peut revenir, mais maintenant ne revient jamais. Maintenant, c’est le moment présent dans le cosmos en perpétuel changement. »

    Hishiryô :

     «Hishiryô, c’est la conscience pendant zazen, qui jaillit naturellement de la posture juste et de l’expiration profonde, la conscience qui ne demeure pas sur quoique ce soit, le retour à la condition normale du corps et de l’esprit, lorsque les neurones de notre cerveau acquièrent la même vibration que celle de l’univers: l’état d’éveil de tous les bouddhas et des patriarches de la transmission, le satori, le nirvâna vivant.

En sanscrit, nirvâna signifie cessation, arrêt. Il n’y a plus de vent pour attiser la braise. C’est un état de paix, de repos, lorsque l’homme arrête la course folle de ses pensées, désirs, émotions, sentiments, illusions.

L’homme du nirvâna est un être ouvert, libre, délivré. Dans un sûtra, le Bouddha Shâkyamuni, pour parler du nirvâna, emploie aussi le mot «absolu». Et il dit : «L’absolu est l’extinction de tout notre mental, de toutes nos illusions. »

Et lorsque l’homme du nirvâna éprouve une sensation, il sait qu’elle est impermanente, et il ne s’y attache pas. Il n’éprouve rien avec passion. Il reçoit, il éprouve, sans y être attaché, car il sait que les sensations s’apaiseront avec la dissolution du corps, comme s’éteint la flamme d’une lampe lorsque l’huile et la mèche viennent à manquer.

     « Par conséquent », dit le Bouddha, « une personne ainsi pourvue possède la véritable connaissance et l’expérience de toute cessation de la souffrance est la noble sagesse absolue. »

    La Voie :

    «…Souvent on pense qu’il faut pratiquer pour obtenir la réalisation de la Voie. L’ego qui veut saisir pense toujours ainsi. Il imagine la Voie comme une échelle. Mais la Voie du Bouddha n’est pas du tout ainsi.

A partir de zazen, chacune de nos actions peut exprimer la Voie. La pratique du geste juste, que vous fassiez sanpai, gasshô, marchiez dans le dojo, et cette même pratique appliquée à la vie toute entière exprime notre être dans sa totalité, notre être personnel mais notre être universel, la nature de Bouddha, l’esprit originel, l’esprit de Bouddha. Chacune de nos actions peut exprimer la Voie, le chemin de la vérité, le chemin sur lequel on peut s’harmoniser inconsciemment avec la vérité qui pénètre tout l’univers.

La Voie du Bouddha n’existe ni avant, ni après avoir été réalisée. On ne peut ni la tracer, ni l’imaginer car on ne la réalise qu’en se dépouillant de toute intention et de toutes nos coagulations mentales… 

La meilleure expression de la Voie est dans la pratique elle-même, la pratique avec le corps. Un jour un disciple demanda à Maître Hyakujô : « Que signifie le réalisable non réalisé, et l’irréalisable réalisé ? » Hyakujô répondit: « Le réalisable non réalisé signifie les paroles non soutenues par des actes, et l’irréalisable réalisé ; ce sont les actes qui réalisent ce que les paroles ne peuvent atteindre.»

Et l’acte ultime, c’est zazen, l’acte dans lequel tout l’enseignement se trouve réalisé et transmis en même temps. »

    La compassion :

      C’est le véritable amour, l’amour le plus élevé. La vraie compassion fait qu’on devient unité avec l’esprit de l’autre. Le bonheur de l’autre devient notre bonheur et inversement. Tel est l’esprit du bodhisattva qui vit en harmonie avec tout le monde. Il n’impose pas, il s’harmonise, mais intérieurement il fait preuve de fermeté et de persévérance. Sans cette force intérieure la compassion n’apporte pas d’aide véritable. La compassion sans sagesse est faible, la sagesse sans compassion est dangereuse.

Jihi, la compassion est le degré le plus élevé de l’amour.

Pour aider véritablement les autres, il faut avoir cette sagesse, cette lucidité. Et la forme peut prendre de multiples aspects. Il n’y a pas de méthode. A chacun de développer son intuition. Essayer de s’ouvrir à l’autre et le recevoir. Puis, faire en sorte qu’il se renforce lui-même. C’est chacun qui doit faire le chemin. On peut lui montrer la direction mais on ne peut pas marcher à sa place sur le chemin de l’éveil.

    Le miroir :

    «On compare souvent zazen à un miroir sur lequel tous les phénomènes de notre esprit, nos pensées, sentiments, émotions, souvenirs, désirs, toutes nos illusions viennent se refléter.

Mais si la posture est juste et la respiration profonde, tout ce qui se manifeste se brise et se transforme en pure lumière.

Bonnô soku bodai : les illusions deviennent éveil.

    Zazen est semblable au vaste océan totalement illimité, tout finit par y retourner, tout retourne à la vacuité qui est l’origine et la fin de notre vie. Et si zazen devient la source de nos actions, paroles et pensées, c’est-à-dire à partir de l’immobilité, bouger, à partir du silence, parler, à partir du tréfonds de la non pensée, penser, alors chaque chose retourne à sa juste place dans l’univers entier, naturellement, automatiquement, inconsciemment. Si on est en opposition avec la situation du moment présent, on éprouve des difficultés quand on est dirigé par l’esprit limité, l’esprit étroit, on se trouve toujours en opposition avec quelque chose et toutes sortes de conflits apparaissent. Mais si on suit l’esprit de zazen notre conscience embrasse, inclut toute chose. Il n’y a plus rien qui se trouve à l’extérieur.  

     De cette manière, l’océan de kai in zanmai a le mérite d’être clair jusqu’au fonds et nager, pratiquer dans cet océan, c’est aller jusqu’au tréfonds. Lorsque nous pénétrons profondément zazen, si on s’abandonne vraiment à la posture et à l’expiration profonde, il n’y a plus de séparation entre le fond et la surface, le monde des phénomènes qui se reflète dans notre esprit et le fond, l’essence de notre vie. Les phénomènes reflétés reviennent à la vacuité: bonnô soku bodai.

     Aussi s’observer soi-même, c’est totalement s’oublier soi-même, ce n’est pas seulement observer les aspects sombres et lumineux de notre personnalité, c’est pénétrer le lieu où il n’y a plus de différences entre l’intérieur et l’extérieur, entre soi-même et les autres, soi-même et l’univers entier. La nature intime de notre existence, le tréfonds de nous-mêmes n’est pas différent de la vie du cosmos entier.

     Ainsi Maître Keizan dit :

                   « L’océan clair n’a jamais ni endroit ni envers,

                  Le vaste ciel n’a ni intérieur ni extérieur.

                  Quand notre esprit devient comme un cristal

                  clair, naturellement lumineux,

                  Avant que la forme et le vide ne soient séparés,

                  Comment pourrait-il exister le moindre objet ? »

    L’esprit de zazen est comme cet océan clair, transparent, qui n’est limité par aucun rivage.

Lorsqu’on nage dans cet océan pur la pratique elle-même devient au-delà de tout objet et de toute limite. »

    L’éveil :

    «…S’éveiller, ce n’est pas s’éveiller à quelque chose de spécial, mais simplement réaliser intimement notre unité avec le cosmos entier, sans barrière, sans opposition, funi, non deux. Notre vie provient du cosmos, notre mort ne peut pas nous en séparer, il n’y a aucun lieu où s’échapper. Parfois on s’égare et on vit comme si on était un être isolé, solitaire, coupé de tout ce qui nous entoure. Alors toutes sortes de souffrances, de frustrations apparaissent, parce qu’on a perdu le contact avec la réalité. Pratiquer zazen, c’est franchir en un instant la distance qui nous sépare de tout ce qui nous entoure. C’est pourquoi Kodo Sawaki disait aussi :

                       « S’éveiller au corps du Dharma ,

                       c’est saisir la vie

                       et poser fermement les pieds sur le sol,

                       devenir un être humain

                       enraciné dans l’univers entier. »

    L’esprit d’éveil :

    «…Tous les êtres sensibles ont la nature de Bouddha. Toutefois elle ne peut être pleinement réalisée que si elle est actualisée. On peut dire que, comme l’enfant a besoin du ventre de sa mère pour naître, à travers zazen on peut réaliser, actualiser notre véritable nature.

     Mais pour cela, il faut développer en soi l’esprit d’éveil: bodaishin, qui a sa source dans la prise de conscience de l’impermanence de tous nos objets d’attachement et de notre propre ego. Tant que l’on reste attaché au moi, au mien, l’esprit d’éveil ne peut pas se développer. Par contre si on réalise que tout existe dans des conditions d’interdépendance, il n’est plus possible d’être indifférent à la souffrance des autres. A partir de son propre éveil, aider les êtres à se libérer de leur souffrance, c’est le vœu du boddhisattva. Et savoir éclairer son propre esprit, ses propres illusions, ne plus en être prisonnier permet de devenir un être libre, un véritable être humain.

     « L’esprit d’éveil », dit Dogen, « et toutes les choses, existent ensemble dans une relation de causalité. Si nous réalisons cet esprit, même l’espace d’un instant, toutes les choses aident à son développement.» Cela signifie que tous les êtres, tout ce que nous rencontrons, sont influencés par notre propre esprit, notre manière d’être et à notre tour, nous sommes modifiés par ce qui nous entoure.

     Dōgen ajoute : «Développer l’esprit d’éveil et réaliser l’éveil suprême sont deux choses sujettes à l’apparition et à la disparition instantanées.» Cela veut dire qu’on ne peut pas demeurer constamment dans le même esprit. Un instant on peut devenir Bouddha, l’instant d’après un démon ou un être semblable à un être ordinaire.

     L’impermanence est la trame de l’univers entier mais généralement on aime la stabilité; c’est le propre de notre ego. Pourtant, si tout ne changeait pas sans cesse on serait complètement prisonnier de notre propre karma. Et à chaque instant chacun a la liberté de briser cette chaîne d’enchaînements de cause à effet. A partir de l’expérience de zazen, par l’abandon à l’expiration profonde et à la conscience hishiryô, comme la fleur éclôt naturellement sous le soleil de printemps on devient, inconsciemment, naturellement un sage authentique, un Bouddha.

    Unsui :

    « Si notre corps-esprit suit le système cosmique, il est toujours en harmonie avec l’apparition et la disparition des éléments sans chercher à conserver ni à s’approprier quoique ce soit. C’est l’expérience de zazen, shikantaza, simplement s’asseoir et épouser la réalité telle qu’elle est, abandonner sa coquille, son corps imaginaire. C’est ce que signifie devenir réellement un vrai moine, une vraie nonne, un être libre ayant coupé les attachements, léger comme un nuage blanc, frais comme l’eau vive, unsui, en japonais, nuage et eau, ou bien, shukke, sortir de sa maison et suivre avec confiance le système cosmique. »

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